jueves, mayo 30

A Stockholm, ouverture du procès de l’infiltré russe Sergueï Skvortsov

Aux enquêteurs suédois, Sergueï Skvortsov l’assure : il n’est « pas James Bond ». Ceux-ci le verraient plutôt dans le rôle de Philip Jennings – l’un des deux personnages principaux de la série The Americans, qui raconte l’histoire d’un couple d’espions russes infiltrés aux Etats-Unis pendant la guerre froide. L’arrestation de leur collègue, le 22 novembre 2022, au petit matin, dans un quartier cossu de Nacka, à l’ouest de Stockholm, où il résidait avec sa femme et leur fils, semble tirée d’un film – mobilisant deux hélicoptères Black Hawk et des agents du FBI, venus assister les policiers suédois.

Après avoir passé dix mois en détention provisoire, Sergueï Skvortsov va être jugé à partir du lundi 4 septembre dans la capitale suédoise, où une partie du procès aura lieu à huis clos pour des raisons de sécurité nationale. Né en Russie et titulaire d’un passeport suédois depuis 2012, l’accusé est poursuivi pour « activités illicites aggravées de renseignements » à l’encontre de la Suède et des Etats-Unis, depuis 2013 jusqu’à son arrestation. Les faits qui lui sont reprochés portent sur « l’acquisition non autorisée de technologies occidentales », par le biais de deux entreprises basées à Stockholm, qualifiées de « plates-formes aux services de renseignements militaires russes [GRU] et une partie du système d’Etat russe ».

Des liens avec le renseignement militaire russe

Sergueï Skvortsov clame son innocence. Le dossier d’accusation de 2 000 pages, que Le Monde a pu consulter, est pourtant bien fourni. Aux enquêteurs il a révélé que son père travaillait pour le KGB, au sein de l’unité de protection des personnalités politiques. Il aurait été garde du corps de Nikolaï Tikhonov, président du conseil des ministres de l’URSS de 1980 à 1985. Lui est né le 28 juillet 1963. Diplômé en ingénierie électromécanique, il a travaillé trois ans à l’institut de recherche scientifique Voskhod à Moscou, avant de se lancer dans les affaires.

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En 1994, il rencontre sa seconde femme, diplômée d’économie et mère d’une petite fille. Lui aussi a un enfant de son premier mariage. Pourquoi déménagent-ils à Stockholm en 1998 ? Sergueï Skvortsov dit avoir été convaincu par deux Suédois, installés à Moscou, qu’il assure avoir tiré plus d’une fois d’une mauvaise passe : « J’étais businessman et j’avais souvent affaire à la mafia. Je vendais des cigarettes Malboro et il arrivait qu’on me poursuive dans Moscou avec une kalachnikov sur la tempe. » Il craint que la Russie s’effondre : « Je ne voulais pas que mes enfants en fassent l’expérience, donc j’ai décidé de déménager [en Suède]. »

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