jueves, mayo 30

la police a repris le contrôle d’un monastère où s’étaient retranchés des hommes après le meurtre d’un policier

Deux policiers kosovars qui patrouillaient près d’une route signalée comme bloquée ont été attaqués aux premières heures du dimanche 24 septembre près de la ville de Zvecan, dans le nord du Kosovo. L’un d’eux a été tué et l’autre a été blessé. « L’unité de police a été attaquée de différentes positions à l’arme lourde, notamment avec des grenades », a précisé la police dans un communiqué. La situation était revenue au calme dimanche soir après que le contrôle a été repris au monastère où s’étaient retranchés une trentaine d’hommes armés, a annoncé le ministre de l’intérieur, Xhelal Sveçla.

Lors d’une conférence de presse, le ministre de l’intérieur a évoqué « plusieurs batailles ». Trois assaillants ont été tués, a précisé le ministre, qui a aussi annoncé l’arrestation de deux hommes blessés qui étaient en « uniforme », sans plus de détails, et quatre autres qui offraient un soutien au groupe. Ces derniers ont été arrêtés en dehors de la zone du monastère. La police avait confirmé « la mort de trois assaillants, [et] l’arrestation de quatre suspects [civils] qui ont été arrêtés en possession d’outils de communication radio, ainsi que l’identification d’un grand nombre d’armes et de munitions ».

Depuis le milieu de journée, une trentaine d’hommes armés étaient retranchés dans le monastère de Banjska, encerclés par les forces de police, selon les autorités kosovares. Le premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, avait montré lors d’une conférence de presse des photos sur lesquelles on pouvait voir plusieurs hommes habillés en kaki, armes à la main, dans ce qu’il a présenté comme ce monastère. M. Kurti avait affirmé que les hommes armés n’étaient pas des civils, « mais des professionnels, policiers ou militaires, qui se trouvent dans et autour d’un monastère ».

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Selon la loi, les autorités kosovares ne peuvent exercer leur pouvoir dans les églises et les monastères orthodoxes sans un accord de l’Eglise – sauf en cas d’urgence comme un incendie ou un tremblement de terre. La Force pour le Kosovo (KFOR) – force de maintien de la paix de l’OTAN dans ce pays – « est présente et prête à intervenir si on lui demande », selon son dernier communiqué, qui précise que la police kosovare est responsable de la gestion de la situation. A l’intérieur du monastère se trouveraient, selon un communiqué du diocèse, « un groupe de pèlerins venus de Novi Sad [en Serbie] avec un abbé ». Pour leur sécurité, ils se sont enfermés à l’intérieur après que des hommes masqués « ont pris d’assaut le monastère de Banjska dans un véhicule blindé, et ont forcé la porte ».

« Une attaque contre le Kosovo »

Albin Kurti a immédiatement fustigé une attaque « criminelle et terroriste », et accusé « des responsables de Belgrade » d’offrir un soutien logistique et financier « au crime organisé ». « C’est une attaque contre le Kosovo », a abondé la présidente, Vjosa Osmani. « Ces attaques prouvent, s’il en était encore besoin, le pouvoir de déstabilisation des gangs criminels, organisés par la Serbie », a-t-elle écrit dans un communiqué. Dans la soirée, le président serbe, Aleksandar Vucic, a nié toute responsabilité dans la situation, affirmant que les assaillants étaient des Serbes du Kosovo.

« Je ne veux pas justifier la mort d’un Albanais – et ce n’est pas justifiable. Cela doit être condamné », a dit M. Vucic. Mais « le seul coupable de tout ce qui arrive au nord du Kosovo (…), c’est Albin Kurti. Il provoque sans cesse, et je suis désolé que certains Serbes aient cédé à ses provocations ». A « ceux qui pensent que cela poussera la Serbie à reconnaître le Kosovo », a ajouté M. Vucic, « je dis que cela ne m’a pas seulement renforcé moi, mais toute la nation, et que nous ne reconnaîtrons jamais l’indépendance du Kosovo, même si vous nous tuez tous ».

Le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, près de dix ans après que l’OTAN a contribué à repousser les forces serbes hors de l’ancienne province au cours d’une guerre sanglante qui a fait environ 13 000 morts, pour la plupart d’origine albanaise. La Serbie, soutenue notamment par ses alliés russes et chinois, refuse depuis de reconnaître l’indépendance de son ancienne province, dont la population d’1,8 million d’habitants, très majoritairement d’origine albanaise, comprend une communauté serbe d’environ 120 000 personnes, qui vit essentiellement dans le nord du Kosovo.

Troubles persistants

Le nord du Kosovo est le théâtre de troubles récurrents, et la tension s’y est brutalement accrue en mai lorsque les autorités kosovares ont décidé de nommer des maires albanais dans quatre municipalités à majorité serbe. Plus de 30 soldats de la KFOR, la force emmenée par l’OTAN au Kosovo, ont été blessés à la fin de mai dans des heurts avec des manifestants serbes.

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La communauté internationale a exhorté les deux parties à la désescalade à plusieurs reprises, et souligné que l’accession à l’Union européenne de Belgrade et Pristina pourrait être mise en péril par ces regains de violence. Il y a dix jours, les dernières tentatives de discussions entre le premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, et le président serbe, Aleksandar Vucic, ont échoué après à peine quelques heures.

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La partie serbe souhaite en préalable à toute discussion obtenir une forme d’association des communautés serbes dans le Nord, tandis que la partie kosovare a comme prérequis la reconnaissance par Belgrade de l’indépendance du Kosovo.

Dans un discours à l’Assemblée générale des Nations unies la semaine dernière, le président serbe a accusé l’Occident d’hypocrisie, arguant que la reconnaissance du Kosovo reposait sur les mêmes arguments que ceux avancés par la Russie pour envahir l’Ukraine.

Le Monde avec AFP