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le candidat ultralibéral et « antisystème » Javier Milei élu président

L’ultralibéral et « antisystème » autoproclamé Javier Milei a largement remporté dimanche 19 novembre le second tour de l’élection présidentielle en Argentine au terme d’une campagne tendue et indécise comme rarement en quarante ans de démocratie. Son rival, le centriste Sergio Massa, a reconnu sa défaite. Selon la Nacion, le grand quotidien argentin, M. Milei l’emporte avec une avance plus large que prévu.

Les indécis, environ 10 % selon les estimations, détenaient la clé pour départager Massa qui avait réuni 37 % des voix au premier tour et Milei (30 %).

Une inflation chronique, désormais à trois chiffres (143 % sur un an), quatre Argentins sur dix sous le seuil de pauvreté, un endettement pathologique et une monnaie qui dévisse, dressaient le paysage du second tour dans la troisième économie d’Amérique latine.

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Les bureaux de vote ont fermé à 18 heures, avec un taux de participation de 76 %. Quelque 36 millions d’Argentins étaient appelés à se prononcer entre deux projets d’avenir totalement opposés.

D’un côté, Sergio Massa, 51 ans, ministre de l’économie depuis seize mois d’un exécutif péroniste (centre gauche) dont il s’est peu à peu distancié. Cet homme politique expérimenté avait promis un « gouvernement d’unité nationale », et un redressement économique graduel, préservant l’Etat-providence, crucial dans la culture argentine.

Un polémiste climatosceptique

Face à lui, Javier Milei, 53 ans, économiste « anarcho-capitaliste » comme il se décrit, est un polémiste de plateaux TV surgi en politique il y a seulement deux ans. Décidé à débarrasser le pouvoir d’une supposée « caste parasite », il se montre résolu à « tronçonner » l’« Etat-ennemi » et à dollariser l’économie. L’homme est aussi un climatosceptique assumé, pour lequel le changement climatique est un « cycle », non la responsabilité de l’homme.

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La présidentielle se déroulait alors que les Argentins sont éreintés par des prix qui grimpent de mois en mois, voire de semaine en semaine, quand les salaires décrochent. Le salaire minimum s’élève à 146 000 pesos (400 dollars). Les loyers sont hors d’atteinte pour beaucoup, et nombre de mères de famille recourent au troc, comme après la Gran Crisis si traumatique de 2001. Selon une étude de l’université de Buenos Aires publiée en début d’année, 68 % des jeunes de 18 à 29 ans émigreraient s’ils le pouvaient.

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Le pays est sous la pression des objectifs de rééquilibrage budgétaire du Fonds monétaire international (FMI), auquel l’Argentine rembourse péniblement un prêt colossal de 44 milliards de dollars octroyé en 2018.

Insinuations de fraude

Milei a aimanté un vote « bronca » (colère), mais sa rhétorique, sa volonté d’assécher la dépense publique dans un pays où 51 % des Argentins reçoivent une aide sociale ou son projet de « déréglementer le marché des armes à feu » ont aussi effrayé. Aussi le candidat « antisystème » avait-il baissé le ton entre les deux tours. Moins d’apparitions, moins tranchées, et un message : « Votez sans peur, car la peur paralyse et bénéficie au statu quo. »

Ajoutant à la nervosité ambiante, le camp Milei a distillé ces dernières semaines des insinuations de fraude, sans pour autant qu’une plainte soit déposée. « Attention aux très mauvais exemples de [Donald] Trump et de [Jair] Bolsonaro » qui ont promu de tels messages, ou « n’ont pas accepté les résultats », avait mis en garde Massa.

Milei, accueilli dimanche à son bureau de vote aux cris de « Liberté, liberté ! », avait assuré que son camp était « bien, très calme, malgré la campagne de peur » contre lui. Massa pour sa part avait appelé les Argentins à voter « dans la réflexion, la sérénité, le calme », et avec « espoir ».

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Le Monde avec AFP